Booster la croissance en Afrique avec le Big Data

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Booster la croissance en Afrique avec le Big Data

By SCIENCE ACTU | 18/11/2019

S’il y a bien un sujet pour lequel les chercheurs, les politiques et les organismes de société civile s’enthousiasment ces dernières années dans le monde c’est bien le « Big Data ».

En Afrique, même si l’engouement autour des données massives semble encore quelque peu mesuré, certains experts misent déjà sur elles pour relever les défis actuels de développement.

Dans cette interview accordée à Scienceactu.com, Richard Komlan Folly, Data Scientist et Responsable d’African Geospatial-Intelligence Agency (AGIA)*, explique en quoi le Big Data peut être un outil de développement dans le contexte africain.

Quand on parle de Big Data à quoi cela renvoit-il concrètement ?

Le Big Data encore connu sous les appellations « données de masses » ou encore « mégadonnées » font référence à l’ensemble des traces numériques, par exemple les informations relatives au mouvement d’un compte bancaire, ou celles relatives aux achats effectués en ligne, les informations que nous partageons sur et via Internet, notamment les e-mails, les vidéos ou les messages que nous nous envoyons via les réseaux sociaux entre autres.

C’est également l’ensemble des informations collectées par les GPS (Global Positioning System), par les satellites etc. Bref, les mégadonnées font références aux données nées de l’interaction entre les hommes et les machines. Ces données sont tellement produites en grandes quantités qu’elles ne peuvent être traitées que par des machines.

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En règle générale, les mégadonnées obéissent au principe des trois V : le Volume (grande quantité), la Variété (ces données proviennent de diverses sources et se présentent sous plusieurs formats) et enfin la Vélocité (vitesse à laquelle ces données sont produites et partagées).

Dans le contexte des pays africains, quelles peuvent en être les utilités des mégadonnées ?

Les mégadonnées peuvent être utilisées pour régler beaucoup de problèmes dans plusieurs domaines en Afrique.  Je fais partie de ceux qui croient que la nouvelle révolution dans les technologies numériques viendra justement de notre capacité à collecter de la bonne manière, à analyser, et à exploiter cette forme de minerais numériques que sont les données.

Si nous prenons le domaine de la Santé par exemple, la collecte, le stockage et l’analyse des données des patients peuvent raccourcir les délais d’intervention, permettre de prédire des comportements ou des symptômes et cela va aider à sauver des vies et rendre des services beaucoup plus optimisés.

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Dans le domaine de l’agriculture, le Big Data permet à l’agriculteur de prendre les meilleures décisions culturales et ainsi optimiser son rendement, grâce aux informations fiable sur la météo, connaissance de la nature du sol. Bref, cela permet de pratiquer une agriculture intelligente, une agriculture de précision qui prend en compte les données climatiques fiables. Dans le contexte africain, le Big Data peut être un outil efficace pour pallier aux effets négatifs du changement climatique.

Toujours dans le secteur agricole, le Big Data peut permettre aux agriculteurs, aux financiers, aux banquiers, aux assureurs, bref à tous les acteurs de la chaine de valeur agricole de disposer d’information de qualité et précises afin de faire des planifications en terme de financement ou de logistiques pour la distribution des produits agricoles.

Si nous prenons le secteur de la gestion de risques et des catastrophes naturels, on peut utiliser le Big Data et l’Intelligence artificielle pour faire de la modélisation et savoir quelles sont les zones qui sont à haut risques, quelles sont les zones qui en cas de catastrophes seront plus affectés que d’autres etc.

Ces informations pourront permettre aux pouvoirs publics de faire par exemple ce qu’on appelle du « Disaster Risk Financing » ; c’est-à-dire qu’avant même qu’une inondation se déclenche par exemple, on est en mesure d’évaluer les risques probables et allouer le budget correspondant pour faire face au phénomène.  Les catastrophes naturelles, on ne peut pas les empêcher, mais on peut mieux les gérer ou s’y adapter en analysant les mégadonnées comme il le faut.

Aujourd’hui, il y a une inquiétude lorsqu’on parle de données et surtout leur gestion. Les utilisateurs  se sentent de plus en plus vulnérables du fait de la possibilité d’être surveillés ou de voir leurs données exploitées à d’autres fins. Pensez-vous que cette crainte est justifiée ? Doit-on avoir peur de nos données ?

C’est vrai que le Big Data dans une certaine mesure peut concerner des informations personnelles, notamment des informations que les opérateurs de téléphonie mobile peuvent collecter sur un utilisateur lambda ou les informations qu’une banque peut avoir sur un client, par exemple ses activités bancaires en ligne, etc. Cela peut inquiéter dans une certaine mesure, j’avoue. Cependant il ne faut pas en avoir peur.

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Faisons une analogie toute simple : l’électricité ou encore certains outils de cuisine comme les couteaux nous facilitent la vie, en même temps ils peuvent représenter un danger si on ne sait pas dans quel sens les tourner.

Je crois qu’il revient aux pouvoirs publics de fixer les limites et les règles auxquels eux-mêmes, les opérateurs de téléphonie mobile, les fournisseurs d’accès internet, les prestataires bancaires doivent se soumettre quand il s’agit des données des utilisateurs.

Au niveau des utilisateurs, je ne crois pas qu’il faille avoir peur du Big Data. Je le vois plutôt comme un outil de développement durable. Il faut juste connaitre les bonnes pratiques, les bons comportements à avoir en ligne ou lors de l’utilisation de services tiers. Néanmoins, cela pose un sérieux problème d’éducation numérique de masse, non seulement au niveau des citoyens ou utilisateurs mais aussi au niveau des entreprises.

Référence :

*African Geospatial-Intelligence Agency (AGIA) est une entreprise spécialisée en Big Data Analytics ; la Technologie Géospatiale entre autres la cartographie par satellite. AGIA est basée à Lomé, Togo.